Erik ten Hag sait aussi tuer au couteau

Erik ten Hag sait aussi tuer au couteau

Privé de victoire depuis son arrivée en Angleterre, Erik ten Hag a vu son Manchester United dominer Liverpool avec pragmatisme lundi soir (2-1) grâce à la pose d’un tableau tactique qui a fait ses preuves lors de certaines sorties de l’ère Ole Gunnar Solskjær. En accompagnant son changement d’approche de choix forts, le Batave, qui a accepté de mettre de côté son dogmatisme, a vu apparaître ce qu’il cherche depuis qu’il a posé ses valises à Old Trafford : un esprit.

Ivres de colère, ils avaient annoncé un tremblement de terre et ils ne bluffaient pas. Lundi soir, on a ainsi vu quelque 10 000 supporters de Manchester United déambuler au milieu d’une épaisse fumée sur Matt Busby Way. Ils n’étaient pas seuls : ils marchaient en couple avec des banderoles au message clair – « We want Glazers out » . Voilà des années que les purs et durs d’Old Trafford veulent faire tomber le chapeau posé sur leur tête, ce couvre-chef pesant, tenu par la famille Glazer, propriétaire du club mancunien depuis 2005 et qui a su, depuis, se gaver habilement de dividendes tout en maintenant les dettes d’une institution qui ne gagne plus, mais dépense bien plus que ses concurrents (1,8 milliard d’euros sur les dix dernières années). Au printemps, Louis van Gaal, passé sur le banc entre juillet 2014 et mai 2016, résumait alors l’affaire au moment où son compatriote, Erik ten Hag, bouclait ses valises pour Manchester : « C’est un club commercial, et moi, je préfère coacher un club de foot. » Ten Hag sait très bien où il a mis les pieds et connaissait l’ampleur du chantier – MU sort de son pire exercice depuis 33 ans – en débarquant en Angleterre. Mieux : le Batave a vite été mis au parfum, son début de construction ayant été détruit par les bourrasques lors des deux premières journées de championnat et les premières pistes encourageantes de la préparation estivale explosant en deux coups de cuiller à pot. La venue de Liverpool, en ce début de semaine, était alors l’occasion, pour le général d’Haaksbergen, d’éteindre le seul incendie qu’il peut à ce jour maîtriser : l’incendie sportif. Que tout le monde se rassure : oui, Erik ten Hag, qui a vu son Manchester United remporter sa première victoire de la saison (2-1) en faisant tomber un Liverpool invaincu en Premier League lors de l’année 2022, peut souffler un petit peu.

The protest against the Glazer ownership is in full swing outside Old Trafford. Thousands of United fans are sending a message to the world pic.twitter.com/Mipzher8n4

— Jack Kenmare (@jackkenmare_) August 22, 2022

Plus encore, Ten Hag a pu venir lâcher sa joie devant les caméras de Sky Sports : « On peut parler de technique, mais tout est une question d’attitude. Ce soir, vous avez pu voir que les garçons sont venus avec une autre attitude sur le terrain : il y a eu de la communication, un esprit de combat et surtout, il y a eu une équipe. Vous avez pu voir ce que ces joueurs peuvent faire ensemble. Oui, ils savent jouer au foot, putain. Je voulais une autre approche que celle du match à Brentford, et c’est ce que j’ai vu, donc ce soir, je suis satisfait. Nous pouvons jouer encore beaucoup mieux si nous avons plus de sang-froid pour faire, parfois, la passe supplémentaire, mais nous avons de bons joueurs et, maintenant, nous pouvons être une équipe. » Une équipe qui sait – et c’est le principal enseignement du soir – faire preuve de pragmatisme lorsque le contexte le demande. Face à des Reds qui se sont pointés sans un Fabinho dans le moteur au coup d’envoi, ce qui a eu des conséquences dans le match d’attaques rapides dessiné par Manchester United, les hommes d’Erik ten Hag, sans doute peu emballés par l’idée de recavaler 13 kilomètres à l’entraînement cette semaine, sont en effet sortis des plans habituels d’un guide qu’on disait dogmatique jusqu’au bout des ongles pour ressortir une version proche de celle vue sur certaines sorties de la période 2019-2020 sous les ordres d’Ole Gunnar Solskjær, notamment lors de matchs remportés contre Manchester City. À savoir : un onze qui ne respire pas avec le ballon (30% de possession sur l’ensemble des 90 minutes), qui se plaît à majoritairement le sortir de façon très directe vers des zones peuplées tout en misant sur le gain des seconds ballons – David de Gea a ainsi joué 30 passes longues sur 31 passes tentées au total là où il n’en avait tenté que 7 sur 14 à Brentford -, et qui cogne dans le dos des latéraux adverses (ici, principalement dans le dos d’Alexander-Arnold, qui a vu MU attaquer 42% du temps sur son côté lors du premier acte).

« Tout commence par l’esprit »

Au milieu de ce tableau tactique devant lequel Sir Alex Ferguson n’a certainement pas craché et dans lequel Casemiro a certainement eu envie de plonger tête la première, Scott McTominay s’est évidemment régalé, et l’Écossais a été parfaitement accompagné par Bruno Fernandes et Christian Eriksen pour empêcher les milieux de Liverpool de combiner à l’intérieur (19 ballons grattés par le trio). Sans ballon, Manchester United a aussi marqué des points dans la pose méticuleuse de son pressing grâce, en grande partie, à l’intelligence situationnelle d’Elanga et de Sancho. Entré à la pause pour suppléer l’international suédois, Anthony Martial, qui possède le pack intégral de l’attaquant parfait pour Ten Hag, s’est également régalé dans cette configuration de rencontre et a filé une passe décisive à un Rashford retrouvé. Enfin, difficile de ne pas noter l’excellente performance de la ligne défensive mancunienne, sur les épaules de qui 80% du plan reposait : le carré a ainsi eu 36 actions défensives à gérer dans sa surface, entre tirs bloqués – 5 pour le seul Lisandro Martinez -, ballons dégagés – 9 pour Varane (qui a livré son meilleur match depuis son arrivée à MU), 7 pour Martinez – et dribbles contrôlés (Salah s’est, par exemple, souvent cassé les dents sur le duo Martinez-Malacia). Tout ce cadre ne doit cependant pas faire oublier que le but du 1-0, inscrit par Sancho, est arrivé au bout d’un mouvement de onze passes, mais surtout sur un circuit vu lors de la préparation, où l’un des milieux se projette – ici Eriksen – pour venir jouer un une-deux avec un joueur de côté (Elanga) venu au préalable étirer le bloc adverse au large.

Fair to say United had to defend their box tonight, particularly after taking the lead.They made 36 defensive actions in their penalty area – for comparison, Liverpool made only six in theirs#MUNLIV pic.twitter.com/HGE9imi8dk

— StatsBomb (@StatsBomb) August 22, 2022

Alors, bien sûr, tout n’est pas balayé d’un coup grâce à 90 minutes abouties face à un Liverpool aussi diminué que dans le brouillard (Roberto Firmino, titulaire à la place d’un Nunez suspendu, a souvent décroché trop bas et n’a jamais réussi à connecter avec Salah et Luis Diaz, ce qui a, au passage, laissé Varane et Martinez en pantoufles dans le duel direct ; le milieu des Reds, privé de Thiago Alcancatara, a manqué de créativité…). Manchester United (14e) et Erik ten Hag tiennent malgré tout une base solide sur laquelle construire, même si le Hollandais, qui a assumé de se priver de Cristiano Ronaldo pendant 86 minutes – ce qui a automatiquement fait grimper le curseur imprévisibilité de l’ensemble d’un cran – et de Harry Maguire toute la nuit, sait pertinemment qu’il ne rencontrera pas à chaque journée une telle configuration. Avant de quitter Old Trafford et de se préparer pour un déplacement à Southampton, il a alors dit : « J’ai dit aux joueurs que nous devons agir et ne pas trop parler. On ne doit pas jouer comme ça parce que c’est Liverpool, nous devons jouer comme ça lors de chaque match de Premier League. Il faut se battre, être courageux, s’arracher, même quand on n’a pas le ballon… Encore une fois, tout commence par l’esprit. » Lui et seulement lui, encore plus dans un club qui a construit son histoire ainsi. Le chantier ne fait que continuer.


Par Maxime Brigand

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